L’élection d’Isabelle Suhr à la présidence de la Communauté de communes du Pays de Sainte-Odile (CCPSO) marque un tournant politique aussi inédit que révélateur des recompositions à l’œuvre dans les territoires.

Au soir du 13 avril, après trois tours de scrutin et une égalité parfaite avec le maire d’Obernai Robin Clauss, la présidence lui revient au bénéfice du critère d’âge prévu par le code électoral. Une issue réglementaire et politiquement lourde de sens : le maire d’Obernai, pourtant élu avec 59,2 % des suffrages, se retrouve écarté de la gouvernance intercommunale au profit d’une candidate battue aux municipales.

Derrière ce résultat, c’est une tension plus profonde qui affleure : celle entre la légitimité issue du suffrage universel direct et celle, plus indirecte, des équilibres intercommunaux.

▶ Le cumul des mandats : argument affiché, levier implicite ?

Un élément du débat mérite une attention particulière

Le maire de Krautergersheim, doyen de l’assemblée, a déclaré dans la presse que « le temps du cumul des mandats est révolu ».
Cette prise de position interpelle à double titre.

D’une part, elle semble en rupture avec les pratiques historiques de la CCPSO, où le cumul des fonctions, maire, président d’intercommunalité, conseiller régional, président du bailleur social local n’avait jamais suscité de contestation ouverte (et en particulier de la part du maire de Krautergersheim).

Mieux encore, ces cumuls avaient été valorisés comme des atouts pour porter les dossiers du territoire.

D’autre part, elle soulève une question plus stratégique : cet argument constitue-t-il une nouvelle conviction ou un récit mobilisé pour justifier une décision déjà actée ?

Car dans les faits, aucun maire des communes périphériques ne s’est porté candidat à la présidence de la CCPSO (hormis une hésitation du maire de Krautergersheim, évoquée dans l’article des DNA du 11 avril 2026 dont le lien est à retrouver plus loin)…

Dès lors, une question s’impose : s’agit-il d’une conviction sincère ou d’un argument opportuniste destiné à justifier une mise à l’écart déjà décidée ?

▶ Une coalition contre la ville centre.
Ce positionnement collectif ressemble moins à un projet politique structuré qu’à une stratégie d’exclusion.

Une réunion préparatoire au conseil communautaire d’installation s’est tenue en présence des maires des cinq communes périphériques et de Mme Isabelle Suhr, sans le maire d’Obernai Robin Clauss qui n’était pas convié.

Communication Facebook CCPSO 16-04-2026

 

Puis, dans la foulée de l’élection, cinq postes de vice-présidents ont été créés pour six communes, excluant de fait Obernai de l’exécutif. 

▶ Peut-on encore parler de gouvernance partagée lorsque la principale ville du territoire est ainsi tenue à l’écart ?

Communication Facebook CCPSO 16-04-2026

▶ La nouvelle présidente ne voulait-elle pas s’inscrire dans un dialogue constructif ? Un mode plus coopératif et d’ouverture ?

C’est plutôt un autre signal qui a été envoyé aux électeurs d’Obernai et probablement aux autres communes.  En effet, ce qui se joue ici dépasse largement les équilibres internes de la CCPSO.

À l’heure où la participation démocratique est déjà fragilisée, ce type de signal est loin d’être anodin.

Ce choix politique engage désormais la présidente et ceux qui ont fait le pari d’écarter Obernai ; ils devront démontrer leur capacité à gouverner autrement que contre, et à proposer un véritable cap pour le territoire.

La nouvelle majorité intercommunale remporte une victoire, elle a réussi à imposer sa candidate, à prendre la main sur la gouvernance et à redessiner les équilibres internes. Les maires des petites communes affirment ainsi leur capacité à peser collectivement face à la ville centre.

Cela étant, une victoire tactique n’est pas toujours une victoire durable.
Autrement dit, le pouvoir est conquis… mais dans un climat de défiance qui en fragilise immédiatement l’exercice.
Le malaise est perceptible, une période d’incertitude vient de s’ouvrir au risque de gripper projets et politiques structurantes de la CCPSO : développement économique, Plan local d’urbanisme et de l’habitat, mobilités, transition écologique…
 

Et les électeurs dans tout ça ?
Nous le savons, quand la mécanique politique devient difficile à comprendre,
elle devient aussi plus difficile à accepter.

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