Fréquentation en baisse, coûts d’exploitation en hausse, déficit de l’exploitant, tarifs parmi les plus élevés du secteur et arrivée prochaine d’un nouvel équipement concurrent à Molsheim-Mutzig : c’est le contexte auquel vont devoir faire face les élus de la Communauté de communes du Pays de Sainte-Odile (CCPSO), désormais engagés dans la préparation du renouvellement de la délégation de service public (DSP) de nos deux équipements aquatiques.
Le Conseil communautaire a approuvé, le 11 février 2026, le lancement d’une nouvelle procédure de DSP pour leur gestion.
À un an de l’échéance du contrat actuel, la question n’est donc plus seulement de savoir qui gérera L’O et la piscine de plein air demain. Elle est de savoir quel modèle les élus de la CCPSO veulent réellement construire.
Va-t-on simplement changer de délégataire et ajuster le contrat, ou profiter de cette échéance pour revoir véritablement le modèle économique et l’offre proposée aux habitants ?
Une piscine toujours fréquentée,
mais par qui ?
- Avec 253 504 entrées en 2025, L’O reste un équipement majeur du territoire.
Mais derrière ce chiffre se dessine une réalité moins favorable. - En 2016, la piscine accueillait 322 686 visiteurs. En neuf ans, près de 70 000 entrées ont disparu, soit une baisse de 21.4 %.
La tendance est encore plus marquée pour le grand public : les entrées « Loisirs, Pass et Abonnements » sont passées de 272 558 à 192 830, soit près de 80 000 entrées perdues (-29.3 %).
Dans le même temps, la fréquentation scolaire et associative a progressé, passant respectivement de 22 947 à 29 032 et de 27 181 à 31 642 entrées.
La fréquentation totale reste donc importante, mais sa composition a sensiblement changé.
Le public scolaire et associatif contribue désormais davantage à soutenir le nombre d’entrées, tandis que la fréquentation grand public s’est nettement érodée.
Un point essentiel : une piscine peut afficher un nombre d’entrées élevé tout en ayant perdu une partie de son public familial et occasionnel.
Cette évolution est d’autant plus sensible que les coûts d’exploitation ont fortement augmenté.
Plus de 900 000 € versés par la CCPSO au délégataire RECREA au titre de la contribution forfaitaire, pour des dépenses totales de plus de 1,35 million d’euros(*) en 2025.
(*) Dépenses investissements et entretien compris
L’O remplit-elle encore pleinement sa mission d’équipement de loisirs pour les habitants, ou sa fréquentation repose-t-elle désormais davantage sur les publics scolaires, les clubs et les activités encadrées ?
L’énergie, un enjeu majeur pour l’avenir
En 2025, le rapport d’activité mis en ligne par la CCPSO fait état d’une fréquentation en légère baisse, tandis que le chiffre d’affaires progresse de 7 %, passant d’environ 1,496 à 1,6 million d’euros. Cette progression peut notamment s’expliquer par l’évolution des tarifs et des recettes générées par les différents produits commerciaux.
La hausse du chiffre d’affaires ne suffit toutefois pas à rétablir l’équilibre économique.
L’exploitant enregistre en effet une perte de 80 400 € en 2025. Quelque 95 000 € de frais administratifs et de gestion apparaissent par ailleurs en frais de structure, à un niveau comparable à 2024.
Et, sans surprise, c’est le coût de l’énergie qui pèse particulièrement lourd.
Les dépenses d’électricité sont passées de 32 981 € à 140 789 €, tandis que celles de gaz ont progressé de 196 820 € à 262 457 €. À eux seuls, ces deux postes représentent près de 153 000 € de dépenses supplémentaires par rapport à l’exercice précédent.
Une piscine consomme beaucoup d’énergie. Cette réalité doit désormais être pleinement intégrée à son modèle économique.
La CCPSO a commencé à prendre le problème à bras-le-corps. Des études préalables ont été lancées pour la création d’une unité photovoltaïque capable de produire 500 000 kWh d’électricité.
En 2025, près de 130 000 € ont également été consacrés à des améliorations techniques.
Le véritable enjeu sera de savoir si ces investissements permettront demain de réduire durablement les coûts d’exploitation.
Et surtout : qui bénéficiera de ces économies ?
Il serait logique qu’une meilleure performance énergétique permette à la fois de réduire la charge pour la collectivité et de contenir les tarifs pour les usagers.
- Télécharchez ici le rapport d’activités mis en ligne sur le site de la CCPSO : LO-Rapport-annuel-Occulté-2025
▶ Des tarifs qui posent question
Autre sujet sensible : le prix.
L’entrée adulte à L’O est aujourd’hui de 6,90 €.
À titre de comparaison, elle est de 4,20 € à Molsheim-Mutzig, 5,20 € à Erstein, 6 € à Ribeauvillé et 5,50 € à Sélestat, selon le comparatif réalisé.
Bien sûr, le prix d’entrée ne suffit pas, à lui seul, à expliquer une baisse de fréquentation.
Mais peut-on pour autant éluder cette question alors que les entrées loisirs ont diminué de 29,3 % en neuf ans ?
Un équipement public doit trouver un équilibre entre son coût d’exploitation et son accessibilité. Lorsque la fréquentation baisse et que les tarifs sont relativement élevés, il devient indispensable de s’interroger sur le positionnement de l’équipement.
Faire payer davantage ceux qui viennent encore suffit-il à compenser durablement le fait que ceux qui venaient hier viennent moins aujourd’hui ?
Et surtout : quelle accessibilité veut-on garantir aux familles et aux habitants du territoire ?
Et demain, Molsheim-Mutzig va entrer dans la danse
Le contexte concurrentiel va, lui aussi, changer.
La Communauté de communes de Molsheim-Mutzig construit un nouvel équipement aquatique dont l’ouverture est annoncée pour fin 2027 (https://www.cc-molsheim-mutzig.fr/nouvelle-piscine-intercommunale.htm)
Bassin sportif de 25 mètres, bassin d’activités, bassin ludique, espaces bien-être, saunas, hammam, bains à bulles : l’offre annoncée est conséquente.
Le calendrier est particulièrement intéressant : ce nouvel équipement devrait ouvrir peu après la mise en œuvre de la nouvelle DSP, au moment même où L’O devra conforter, voire reconquérir, son public.
La concurrence ne sera d’ailleurs pas uniquement une question de prix. Elle portera aussi sur les horaires, les activités, le bien-être, l’accueil, la qualité des installations et les animations.
Quelle stratégie pour L’O ?
La procédure de renouvellement de la DSP est désormais engagée.
La CCPSO s’est entourée d’un cabinet juridique et d’un assistant à maîtrise d’ouvrage pour préparer le futur contrat.
Mais sur les intentions politiques qui sous-tendent cette nouvelle DSP, rien n’a filtré.
A ce stade, aucune déclaration des élus ne permet de connaître leurs priorités : réduire le coût pour la collectivité, relancer la fréquentation du grand public, agir sur les tarifs, améliorer le service ou revoir plus largement le modèle économique de L’O ?
Aucune consultation des habitants ne semble avoir été engagée pour connaître leurs attentes et recueillir leur appréciation du fonctionnement actuel des équipements.
Pourtant, avant de définir les contours d’une DSP appelée à engager la collectivité pour plusieurs années, le bilan de L’O et de la piscine de plein air aurait pu ouvrir un véritable débat public.
- Pourquoi la fréquentation loisirs a-t-elle reculé de près de 30 % ?
- Les tarifs sont-ils adaptés ?
- Quels services les usagers attendent-ils ?
- Que faudrait-il améliorer ?
Autant de questions qui mériteraient d’être posées avant de refermer le dossier dans les seules dimensions juridiques, techniques et financières. La procédure est lancée.


